La casa de papel est une série devenue culte qui raconte l’histoire de personnages atypiques symbolisant un vent de renouveau et de révolution en Espagne. Le tournage a commencé en 2017 et, à ce jour, il continue d’accumuler les succès. Il semble qu’il soit venu pour rester, mais à quoi doit-il son succès ? Grâce à l’internet et aux nouvelles formes de fruition, nous pouvons nous rapprocher de productions d’autres pays qui ne nous seraient jamais parvenues autrement. Pour cette raison, on peut dire qu’une grande partie du succès de La casa de papel est due à Netflix.

Polémique autour de la série à succès

Pourtant, une série ne triomphe pas seulement grâce au support ; elle doit comporter certains ingrédients susceptibles d’attirer l’attention du spectateur. La casa de papel est l’histoire d’un casse, mais pas n’importe quel casse, mais un casse à grande échelle : sans voler personne, mais le plus gros poisson de la mer.

Un groupe de braqueurs qui utilisent des noms de code et qui ne se connaissent pas va suivre les ordres du cerveau de cette opération difficile : « Le Professeur ». Tous, à l’exception du professeur, entreront dans la Monnaie d’État espagnole dans le « simple but » de fabriquer 2 400 000 euros.

Ils ont 11 jours, des otages et et tout a été planifié dans les moindres détails. De l’extérieur, le Professeur donnera des ordres et négociera avec la police pour gagner du temps. Une série claustrophobe à l’identité propre, encadrée par la chanson partisane Bella Ciao et les masques Dalí (dont les origines sont revendiquées), qui ne laissera personne indifférent.

Les Robin des Bois de notre temps

Robin des Bois volait les riches pour donner aux pauvres, il vivait en dehors de la loi, il se battait contre le shérif (une figure de pouvoir et d’oppression), il était le héros des pauvres. Mais un hors-la-loi n’est pas forcément une crapule, il peut parfaitement devenir un héros, un homme du côté du bien.

Nous avons une conception classique du héros qui est fortement associée à l’ordre ; un héros qui respecte les règles et ce qui est établi, revêtant les habits de la justice, au sein de la société. Pensez, par exemple, aux nombreux héros médiévaux, tels que le Cid.

Ce dernier a été exilé par le roi Alfonso, a subi des injustices, mais ne s’est jamais rebellé, ne l’a jamais affronté et n’a jamais tenté d’envahir son territoire. Les héros médiévaux juraient fidélité au roi, une figure supérieure et puissante. L’honneur et la loyauté étaient des questions essentielles au Moyen Âge et même dans les siècles suivants. Dans l’ère actuelle, il y a un système établi et tout ce qui n’en fait pas partie sera « mauvais ».

Robin des Bois, en revanche, ne respecte pas les règles, et pourtant nous le considérons comme bon. Pourquoi ? Parce que nous percevons l’ordre comme injuste, comme un organisme oppresseur qui nourrit l’inégalité. Robin des Bois est un héros que l’on pourrait difficilement faire entrer dans le même archétype que Cid, bien que tous deux aient des racines médiévales. Ce héros transgresseur des règles a sa propre conception de la justice et, selon lui, le mal correspond à la figure de l’oppresseur : le pouvoir et l’autorité.

En défiant les lois, il propose une société plus juste, plus égalitaire et, par conséquent, susceptible de plaire aux masses. Et c’est exactement ce que nous voyons dans La Maison de papier : un groupe de voleurs dirigé par un cerveau hors pair qui, loin d’être considéré comme les méchants, redonne espoir à la société.

Héros et méchants

La frontière entre le héros et le méchant se dissout de plus en plus chaque fois que l’oppresseur exerce son pouvoir, chaque fois qu’il étouffe l’opprimé. Quel est le point d’appui de la vie contemporaine ? Sans aucun doute et sans trop y penser : l’argent. L’argent est l’axe autour duquel notre monde tourne, ce qui détermine si nous pouvons vivre mieux ou moins bien et ce qui donne le pouvoir aux oppresseurs.

Robin vole les riches pour donner aux pauvres : c’est un justicier. Les voleurs de La casa de papel ne donnent peut-être pas le butin aux nécessiteux, mais ils ont fait ce que nous voulons tous faire : atteindre le cœur du pouvoir et, de là, le détruire. Non pas en le détruisant au sens propre, mais en le pénétrant, en démontrant que même le pouvoir peut vaciller et en s’en moquant.

Dans la série, nous voyons l’influence des médias. Nous découvrons que les informations sont manipulées et que l’opinion publique reste pourtant du côté des voleurs. Ces héros justiciers qui agissent en dehors de la loi s’inspirent non seulement de Robin des Bois, mais aussi du romantisme. Il existe un courant romantique qui nous a laissé des personnages marginaux qui chantent la liberté.

Nous en voyons un exemple chez le poète et journaliste espagnol Espronceda, ou plutôt dans ses œuvres. Espronceda a conçu des personnages qui étaient une projection de son ego, l’ego romantique.

Parmi ses personnages, le pirate représente le héros romantique absolu, dont le seul but est de vivre en liberté. Un héros individuel, un justicier, qui rejette les valeurs du monde et vit en mer parce qu’il n’y a pas de loi là-bas. C’est un personnage assez récurrent dans le romantisme européen et des auteurs tels que Lord Byron l’incluront dans leurs écrits.

Ce pirate, qui souhaite vivre en liberté, est le reflet de la lutte contre ce qui est conventionnellement établi ; il est le héros romantique. Une grande partie du succès de The House of Paper est due au fait que nous, comme les téléspectateurs fictifs de la série, exaltons ces personnages comme de dignes héros, des héros qui se battent pour leur liberté.

La casa de papel, le vrai message

Bien au-delà du vol, The Paper House souhaite remettre en question un dogme. Le choix de la chanson partisane Bella ciao comme bande-son de la série n’est pas un hasard. On s’est beaucoup interrogé sur la question de savoir si la chanson est devenue grand public précisément à cause de la série, et peut-être que c’est en partie le cas, et beaucoup de ceux qui la chantent ne connaissent pas sa véritable signification.

Il est certain que grâce aux séries et aux médias, le message de cette chanson semble, dans un certain sens, avoir repris vie. C’est-à-dire qu’à partir d’un support grand et puissant, il est possible de récupérer des valeurs du passé qui semblaient en sommeil, comme c’est le cas avec le masque de Guy Fawkes dans V pour Vendetta.

Même le masque de Dali semble avoir acquis, en partie, une toute nouvelle signification. Ces éléments s’intègrent bien au format de la série, pénétrant profondément dans la société, générant un fort impact. Et le fait est que dans un monde si contrôlé et dominé par l’argent, nous avons parfois besoin de croire en des héros qui nous sauveront, mais pas des héros avec cape et épée, mais des héros révolutionnaires qui nous invitent à nous battre pour la liberté.

The House of Paper est une série qui nous offre justement cela : des héros de toutes sortes, parfois d’une moralité douteuse, mais des héros quand même. Dans certains passages, la série pèche par sa lenteur, par des scènes peut-être trop édulcorées pour un climat aussi étouffant que celui dépeint, mais on lui pardonne car elle nous offre un chant de liberté.