L’existentialisme fait partie d’une tradition philosophique qui réfléchit sur l’existence individuelle, la liberté et les choix personnels. Elle étudie l’être, l’existence des choses et les phénomènes du monde. C’est dans cette recherche que l’individu est capable de trouver un sens possible au monde.

L’axe central de cette nouvelle vision de la philosophie est une inversion de la relation entre l’être et la pensée. Dans la pensée classique, il était courant de dire que l’homme existe parce qu’il est un être pensant. Pour les existentialistes, c’est le contraire qui se produit : la conscience humaine pense parce qu’elle existe d’abord. C’est à travers ce factum initial que l’homme peut se comprendre et faire l’expérience du monde.

Les philosophies de l’existence refusent l’idée d’une « connaissance de l’être ». C’est inconfortable, car il ne s’agit pas de constituer une discipline qui établisse un savoir sur l’existence.

Le thème de la décision est lié à celui de la crise. Crise et décision forment le couple inséparable du geste existentiel.

Origine du nom

C’est un néologisme issu de la philologie du mot existentialis (existentiel). L’existentialisme peut être décomposé comme suit : 1. par le préfixe ex (ce qui est extérieur) ; le verbe sistere (ce qui prend position) ; et le suffixe-encia (entia : qui signifie la qualité d’un agent). Le suffixe ism, qui indique le caractère d’être une doctrine ou un système.

Cependant, cela n’a peut-être pas de sens de dire qu’il existe un dogme pour les philosophies existentielles. Ils nient généralement l’idée d’un système philosophique, et mettent en avant la subjectivité de l’individu.

Histoire

Crise européenne :

Les difficultés et les angoisses humaines ont marqué la scène européenne entre le XIXe et le XXe siècle. Une période marquée par de nombreuses crises économiques et guerres entre nations.

La plupart des pays se battent encore pour la formation définitive de leurs territoires, comme l’Angleterre, la France, l’Italie et l’Allemagne.

La production alimentaire ne répondait pas à la demande de la population. Les emplois dans les industries de l’époque étaient malsains. Et la répartition des terres et des biens est devenue de moins en moins équitable.

Démonstration populaire

Dans la vie pratique et ordinaire, les travailleurs se sont organisés et unis pour un soulèvement contre la servitude au travail, la mauvaise alimentation et la crise de la représentation politique et des inégalités sociales. Un exemple historique de ce mécontentement est la célèbre révolution de 1848, une vague de protestations appelée le « printemps des peuples », qui a profondément marqué l’Europe centrale et orientale.

Souffrance de l’individu

Les problèmes de la société européenne ont fait surgir des crises existentielles. Une vague de méfiance et d’incrédulité déferle sur l’Europe. Les heures de travail ne sont plus considérées comme quelque chose de positif.

Le commerce et l’industrie placent désormais la religion à l’arrière-plan et avec moins de prestige. Les sociétés, qui commençaient à se massifier, ont déplacé de nombreuses personnes de leurs rôles. Les nobles et les roturiers ont fait place à un conflit entre bourgeois et prolétaires. Les débordements psychologiques et la violence sociale se sont développés, et avec eux les institutions de punition.

Il y avait les asiles d’aliénés, les intenses collecteurs officiels de dettes de l’État et des banques, sans compter les maladies, avec un système de santé encore précaire. Pour l’individu, le monde semblait nouveau et bon, mais aussi mauvais. Il est vrai que les révolutions industrielles ont apporté de nouveaux produits, du confort et une nouvelle façon de vivre. Cependant, il est également vrai que la vie était aussi très fatigante, violente et parfois désespérée.

Réflexions sur le débat théorique

De nombreux penseurs ont cherché à comprendre ces changements dans le monde et chez l’individu. La philosophie dite de l’idéalisme allemand est celle qui a le mieux préparé le terrain à cette réflexion sur la crise européenne du XIXe siècle. L’ordre du jour de la journée comprenait le problème du fondement des droits, de l’État et de la religion.

La vision de l’existentialisme est donc née des difficultés réelles de la condition humaine de cette période. Il mise sur l’idée que la véritable transformation de l’homme est antérieure à tout, aux problèmes de la pensée et aux problèmes de la réalité sociale et économique dans laquelle il vit.

Actuel

L’existentialisme a amené le sujet au centre du débat, dans une période qui considérait beaucoup plus les grands projets, l’histoire totale, l’État, le marché, la science et la religion.

L’idée de la liberté, de la construction de la conduite n’est pas seulement la cible, mais le critère même de l’action. C’est une clé, mais aussi un fardeau des temps présents.

Il y a ceux qui voient dans la philosophie existentialiste une clé de guérison, ou aussi d’acceptation des difficultés réelles et objectives du XXIe siècle. Il y a une double lecture.

Si la liberté est quelque chose de lourd et qui implique une responsabilité, c’est elle qui justifie aussi la mercantilisation effrénée des valeurs de la société. L’anxiété, trait remarquable de l’individu désemparé, semble s’être transformée en angoisse et en névrose aiguë de la société contemporaine.

Il y a aussi ceux qui voient dans les philosophies de l’existence une réflexion profonde sur la notion même de « moi » pour l’époque actuelle, marquée par la crise du sens. Enfin, on trouve encore une troisième lecture, comprenant que la lutte pour un monde meilleur passe par d’autres stratégies : la guérison de l’individu n’est possible qu’après l’émancipation sociale. Il s’agirait d’une reprise de l’alternative qui réunit les deux lectures, comme la perspective sartrienne.

Principes fondamentaux

Mode de vie :

Jacques Colette (1929), universitaire français, comprend l’existentialisme beaucoup plus comme un mode de vie que comme un simple style littéraire.

Plusieurs regards

La problématique de l’existence ne peut être considérée comme une problématique fermée et systématisée. Les auteurs sont variés. Chacun d’eux fonctionne dans un registre différent. Dans le sillage des auteurs dits existentialistes, on trouve des idéalistes et des réalistes, des rationalistes et des irrationalistes, des athées et des religieux.

Il n’est pas possible de parler d’une philosophie existentialiste en tant que telle, mais d’auteurs existentialistes marqués dans leur singularité. Une ère de changement. La seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle ont été marquées par un moment de libération politique, philosophique et littéraire.

Choix et liberté

Le thème de la décision et du choix est sans doute le plus marquant de l’existentialisme. L’être humain est libre de choisir. Seul celui qui est libre peut devenir responsable. On ne peut être totalement responsable que si l’on est totalement libre. Elle s’oppose donc à la forme classique et traditionnelle de la métaphysique antérieure, dans laquelle les théories séparaient la responsabilité de la liberté, dans laquelle l’individu était soumis à une intelligence supérieure ou à un démiurge.

Anxiété et angoisse

Ils sont les traces de la crise existentielle de l’individu. Kierkegaard, dans son ouvrage Le concept de l’angoisse (1844), entendait par là le sentiment général d’appréhension, qui peut être interprété comme une invitation de Dieu à l’individu à s’engager dans une vie qui soit bonne pour lui, même si cela implique des décisions radicales. Le concept d’angoisse est également présent dans la philosophie allemande (sous le nom d’Angst). On trouve une compréhension similaire chez Martin Heidegger.

Selon la philosophie allemande, l’angoisse conduit l’individu à une confrontation avec le néant et l’impossibilité de trouver une raison ultime aux choix effectués. Dans la philosophie française de Sartre, le terme an¡usea désigne l’état d’esprit de l’individu lorsqu’il prend conscience de la pure contingence de l’univers.

L’angoisse est généralement utilisée pour qualifier cette relation entre la conscience de la liberté et l’instant de l’individu.

Liberté :

C’est le concept utilisé pour définir la modernité de la pensée ou l’autonomie de la raison. L’homme se trouve libéré des impositions dogmatiques des époques passées. Il veut construire son destin comme une création subjective de sa pleine paternité.

C’est l’intérêt humain qui façonne l’histoire moderne et entraîne le progrès des sciences, des arts et des technologies. C’est une partie cruciale de l’existentialisme. On est nés condamnés à la liberté. Pour les existentialistes, les choix moraux que vous faites sont comme la création d’une œuvre d’art. La vie est donc la construction d’une œuvre artistique.

L’autodétermination

Les conséquences de la perspective existentielle sont que l’homme est placé au centre du monde. Il est pris comme subjectivité de l’être et du néant : on ne peut pas répondre à la question de savoir pourquoi l’homme existe, ou pourquoi l’être humain n’existe pas à partir d’une raison préalable. L’homme n’est déterminé par rien, pas même par Dieu, et l’homme est constitué dans son être. C’est sa nature : se déterminer.

L’homme sera ce qu’il fera de lui-même. Il est responsable de son propre destin. L’existence précède l’essence. L’un des concepts les plus fondamentaux de l’existentialisme. L’être humain ne naît pas programmé pour quoi que ce soit. Il n’a pas de mission dans le monde. Dans un premier temps, il ne fait qu’exister.

La prise de conscience

La conscience n’est pas une propriété de la nature humaine. C’est la forme même de l’existence. Création Le concept d’être est intrinsèque à l’idée de subjectivité humaine. C’est dans la vie intérieure que l’homme affronte l’angoisse et la crise de l’existence.

Le concept de liberté est précisément l’entrée en scène de l’individu comme le plus responsable des décisions qui sont en mesure de donner un sens à ce qu’il vit. Par conséquent, lorsque on parle de la perspective existentielle, on doit garder à l’esprit que l’existence est vue d’un point de vue différent de la vision scientifique ou de la métaphysique traditionnelle : pour l’existentialiste, l’existence est le premier fait brut, qui n’est organisé par aucune essence.

L’importance de l’aspect existentiel entre sur la scène de l’histoire de la philosophie par le discrédit de la science et de la philosophie moderne pour expliquer le sens du monde à partir du discours sur les essences. On peut même dire que l’existentialisme a formulé son point de vue en opposant l’existence à l’essence. La philosophie existentielle s’oppose donc directement à la tradition de l’humanisme classique, qui affirmait l’existence d’une essence humaine préalablement donnée, comme on le voit chez Descartes, au début du XVIIe siècle.

Sujet et objet

L’idée d’essence cesse d’organiser la connaissance. Et la tâche du discours existentialiste est de changer la relation classique entre un sujet qui s’occupe de l’objet, en cherchant l’essence de toutes les qualités de ce qui est destiné à connaître.

La stratégie qui marque le discours existentiel doit dissocier l’être et la pensée. On n’apprécie plus la pensée comme le grand attribut de l’homme. La pensée est toujours quelque chose de postérieur à l’être qui pense. Elle est libre et, de ce fait, elle peut attribuer un nouveau sens à la vie elle-même et au monde.

Les idées de religion, de droit et d’État cessent d’être le centre organisateur de la pensée existentielle. Il n’y a pas de finalité fixe, car il n’y a pas de téléologie de la raison. Il n’y a pas de pari sur un discours ou un concept abstrait, mais sur le fait concret de l’individu vivant. La morale, les lois et l’organisation sociale sont le fruit de cette liberté consciente de l’homme et de son histoire.

En pratique

Vous trouvez des façons pratiques de vivre des existentialistes :

  • La réclusion spirituelle :

C’est le moment où il y a un retrait du monde extérieur et de ses apparences. L’existentialiste chrétien a besoin d’un certain isolement pour trouver le support d’une réflexion religieuse sur l’existence.

Les écritures sacrées, la faction à l’ascétisme et les rituels religieux peuvent faire partie du chemin de purification de l’être face à la réalité extérieure. L’existentialiste athée, par exemple, peut trouver un soutien dans l’exercice intellectuel. Elle a un rapport commun avec l’ascétisme religieux, dans la mesure où une réflexion profonde sur l’existence exige la lecture, l’écriture et une distance par rapport au mode de vie social dominant.

  • Le militantisme politique et social :

C’est le contrepoint de l’individualisme isolé, dans lequel l’existentialiste s’insère activement dans la société, luttant pour la construction d’un nouveau sens à la pratique.

Sartre est sans doute l’exemple de cette position. Existentialiste et athée avoué, il a partagé sa figure de penseur avec la figure du militant dans la rue, à la télévision et dans les rassemblements du parti. Il a parcouru le monde pour contester le concept de valeurs et le sens des pratiques sociales. Simone de Beauvoir est la version politisée de l’existentialisme féminin. Elle s’est battue publiquement contre la structure sociale basée sur la figure de l’homme et du père de famille. Elle a organisé des collectifs féministes, élargissant l’inclusion des femmes non seulement dans la société française, mais aussi à l’origine d’autres mouvements politiques d’émancipation en Europe et aux États-Unis.

Top noms

Søren Aabye Kierkegaard (1813-1855)

Premier auteur à se qualifier d’existentialiste. Il réagissait à la clé de la philosophie platonicienne, qui tentait de soutenir le bien moral par un critère universel, comme un bien pour tous, et non par une vocation individuelle.

Pour le philosophe danois, il n’existe pas de base objective et rationnelle pour les actions morales. L’engagement personnel est passionné, c’est le pathos. C’est pourquoi sa philosophie s’oppose au système d’idéalisme absolu de Hegel, qui entendait forger une conception entièrement rationnelle de l’humanité.

La dialectique hégélienne, qui articule l’objectif et le subjectif, devient chez Kierkegaard une dialectique qualitative.

Elle cesse d’être une relation entre l’extérieur et l’intérieur, pour n’exister que dans la subjectivité humaine. C’est dans cette dialectique de l’intériorité que l’individu vient se faire voir par l’humain singulier.

Le drame du salut de l’individu réside dans les sauts de la foi, qui s’imposent dans les sphères kierkegaardiennes de l’existence : l’esthétique, l’éthique et le religieux.

Peur et tremblement (1843)

C’est peut-être l’œuvre fondamentale de sa philosophie, car on y trouve le déroulement de toutes les étapes. Friedrich Nietzsche (1844-1900). Son influence sur la pensée existentialiste se retrouve dans sa critique de la métaphysique traditionnelle.

L’adhésion à une volonté individuelle s’oppose à une volonté générale et commune, et aussi au pessimisme tragique de Schopenhauer. Mais contrairement à Kierkegaard, sa pensée attaque le christianisme avec véhémence.

La mort de Dieu est le jalon d’une philosophie qui place l’homme à la lumière des questions de l’existence, comme le grand auteur des valeurs pour lui-même et pour le monde. La « transvaluation de toutes les valeurs », dans Par-delà bien et mal (1886), est le fait primordial de l’homme, qui le place comme créateur de valeurs. L’homme accorde de l’importance à tout et à lui-même.

La valeur en tant que santé élève l’individu et le place au sommet de l' »aristocratie du petit nombre ». Par conséquent, la philosophie nietzschéenne est prise en opposition aux philosophies totalisantes et aux appels sociaux.

Il est un adversaire acharné non seulement de la formation issue de la religion, notamment chrétienne, mais aussi des valeurs sociales de la démocratie et du dogmatisme de la raison.

Karl Jaspers (1883-1969)

L’union entre la théologie et l’existentialisme résulte d’une perception de la fragilité de l’être. Le but de la philosophie n’est pas extérieur à l’homme. La relation avec le monde extérieur est la médiation qui revient à l’homme, qui dans la plénitude de son être provoque de grandes ruptures. L’ambiguïté de la conscience opère dans une dépendance mutuelle entre sujet et objet, comme une vie pensante qui fait osciller les deux pôles.

Dans ce processus de connaissance du monde, le sujet n’est pas fixe, mais une formation continue de l’homme. Chez Jaspers, le Dasein (l’être-là) est la condition humaine, le symbole de la transcendance. L’existence est une clé pour comprendre le monde, en tant qu’idéal du moi dans l’expérience, qui exprime la possibilité la plus profonde. C’est le plus intime, l’ineffable de l’homme, mais qui ne peut être réalisé que dans la « communication » (Kommunikation).

Dans La situation spirituelle du temps (1931), Jaspers présente ce premier aspect de sa philosophie, dans lequel l’existence apparaît comme un milieu où se trouve la connaissance. C’est en elle que l’on peut penser l’existence sans qu’elle soit elle-même un objet.

Martin Heidegger (1889-1976)

Il y a dans son œuvre un refus de donner à la philosophie un fondement rationnel définitif. Il critique surtout la phénoménologie d’Edmund Husserl. Ce n’est pas dans ce monde que l’homme est capable de comprendre la raison de sa présence.

Avec la conviction de la passion, l’homme prend conscience de la certitude de la mort et de l’absurdité ultime de sa propre vie. La contribution de Heidegger à la pensée existentialiste trouve des échos dans les problèmes de l’ontologie et du langage.

Dans Être et temps (1927), lorsqu’il accuse la métaphysique d’être une histoire de l’être qui n’a jamais atteint le sens fondamental de l’être, Heidegger établit une distinction entre ce qui est être et ce qui est existant. L’homme, en tant qu’être existant, est l' »être-là », le Dasein, et il est différent des autres choses du monde. Il est un être, une simple présence au monde, mais détaché, capable de questionner l’être, et qui possède une compréhension de celui-ci.

L’homme est un projet indéfini, inachevé et autodirigé, soumis à trois conditions et limites : être-dans-le-monde, être-avec-les-autres et être-à-la-mort. L’homme est une projection.

Définir est l’activité humaine, toujours condamnée à cet « espace vide », capable de contenir et de rechercher toute projection. Pour accompagner une pensée conséquente, il fallait aussi penser un langage fondamental pour poser le problème de l’être originel.

L’existence incarnée et illustrée dans l’homme ne révèle pas « ce qu’il est », mais simplement qu’il « est ».

Gabriel Marcel (1889-1973)

Dans sa philosophie, la conscience est considérée comme un signe d’existence. Le corps de l’homme est ce qui lui permet de prendre conscience de ce qui existe et donne un support à la connaissance, aux affections et à l’action. Et ce qui existe est ce qui peut être conscient de son être. L’existence est elle-même sans fin, sans telos, et n’a pas de limites.

Elle peut être redéfinie en permanence. Chez Marcel, les éléments de la tragédie de la vie et l’expérience de l’angoisse de l’échec, de la solitude et de la mort apparaissent. L’existence est une crise de l’absolu.

Being and Having (1935) est l’une de ses principales œuvres. C’est une critique de la connaissance abstraite et de la science à travers sa méthode, considérée comme une réflexion secondaire qui se fait à partir du corps et de sa situation dans l’existence. En elle est contemplé le mystère qui fournit une sorte de vérité, morale et religieuse, qui ne peut être vérifiée par des procédures scientifiques.

Jean-Paul Sartre (1905-1980)

La philosophie française, notamment avec Sartre, a propagé le mouvement existentialiste comme courant philosophique. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, la philosophie de Sartre a été mise en lumière, se déclarant explicitement athée et pessimiste.

L’existentialisme sartrien, en tant que forme d’humanisme, a cherché à s’allier à l’analyse marxiste de l’histoire comme critique et comme discours politique.

Existentialisme : un humanisme (1946) et Critique de la raison dialectique (1960) placent le centre de l’histoire dans la perspective de la liberté humaine. Il est original, absolu. Elle n’est pas conditionnée par une détermination antérieure. S’il y a une détermination dans l’homme, c’est qu’il est la liberté. Pas comme un attribut, car il ne l’a pas. Il est la liberté elle-même, identique à sa propre subjectivité.

La liberté ne dit pas ce que l’être humain est, mais ce qu’il deviendra, comme l’exprime l’emblème de la philosophie de Sartre : « L’homme est condamné à être libre ». Il existe une différence entre la vision sartrienne et les philosophes existentiels précédents : le sauvetage du côté objectif de la philosophie. Par conséquent, son existentialisme se combine avec le marxisme sur la réalité humaine et l’histoire.

L’homme a son début et sa fin en tant que processus historique, et chaque individu a son histoire. Exister, c’est exprimer ce qui est à l’intérieur, mais sans se séparer de son existence extérieure, objective. Il n’y a pas d’autonomie de l’âme intérieure face au monde extérieur.

Sartre et Marx

Sartre cherche à être fidèle à la dialectique de Karl Marx (1818-1883), et à traiter ainsi de la tension entre le sujet et les conditions sociales dans lesquelles il est soumis. Une sorte de relation dialectique, dans laquelle aucun de ses termes ne sera éliminé ou subordonné par l’autre. C’est-à-dire que l’expérience humaine est le résultat de la dialectique entre la subjectivité humaine et l’histoire.

Penser de manière dialectique signifie penser cette relation de manière constitutive. Tant dans l’histoire que dans l’individu. C’est le thème de l’altérité, dans L’être et le néant (1943). L’être humain existe pour lui-même et pour les autres et si on suit le sujet, on est aussi l’objet pour les autres sujets. Une personne sera aussi ce que les autres font d’elle.

Dans ses romans, Sartre a exprimé cette condition de l’existence humaine dans son histoire et dans ses personnages, comme dans La nausée (1938) et Le mur (1964), deux romans importants de sa production littéraire. Albert Camus (1913-1960) Algérien, il émigre en France, où il développe sa pensée.

Il cherche chez Heidegger un sens à l’être-là, abandonné dans le monde. En même temps, il s’alignait sur Sartre avec l’idée que le monde ne donne pas de sens aux individus. Dans son œuvre, on voit ce double croisement : la nécessité d’une recherche du sens fondamental de l’être, et la condition humaine de créer le sens de la réalité elle-même qui a conduit Camus à conclure à l' »absurdité » du monde.

Travaux importants

Dans Le mythe de Sisyphe (1941), on trouve l’ébauche d’un essai sur l’absurde. Il évoque le personnage de Sisyphe, un héros grec condamné par les dieux à pousser une pierre jusqu’au sommet de la montagne. Cependant, lorsque Sisyphe atteint le sommet, la pierre tombe et la tâche est à refaire. Dans les thèmes de Camus, les personnages incarnent l’angoisse de l’homme, condamné à sa liberté, mais qui a toujours besoin de créer un sens à sa vie. Et lorsqu’elle est proche, la représentation du monde s’effondre, et le néant et la certitude de l’absence de sens sont révélés.

Dans L’étranger (1955), l’œuvre la plus célèbre de Camus, Meursault est le personnage principal, qui affronte paisiblement les faits tragiques de sa vie. La perception de l’absurde et le choc de son acceptation marquent un thème commun non seulement à Camus, mais aussi à Sartre : exister, c’est vivre aujourd’hui sans attendre demain. La mort est certaine, mais sa signification est incertaine. C’est l’angoisse d’être libre, d’être totalement responsable, et de ne trouver aucun support métaphysique qui donne un sens ultime à la condition humaine.

Simone de Beauvoir (1908-1986)

Elle est un représentant de la jonction entre la philosophie existentielle et le féminisme théorique. Fortement influencée par Kierkegaard, elle a participé au mouvement d’émancipation des femmes, notamment dans les années 1970. Le problème de l’existence humaine est maintenant élargi pour penser à la condition des femmes insérées dans une société masculine.

Les thèmes du patriarcat, de la sexualité, de l’érotisme et de l’homosexualité occupent une place prépondérante dans sa pensée. Simone de Beauvoir a tracé dans cet espace vide les ouvertures du sens de l’existence. Elle y a vu la possibilité d’un combat pour de nouvelles valeurs et perspectives sociales, dans lequel les femmes pourraient conquérir un nouveau scénario politique.

Ce nouveau regard sur le problème du sujet, dans l’émiettement de la vie publique de l’après-guerre, se retrouve dans L’Existentialisme et la sagesse des nations (1948), publié dans le sillage du débat sartrien en France.

Autres points de vue

Positivisme :

La perspective existentielle est en confrontation directe avec le positivisme scientifique du début du 20e siècle. L’idéal de la science, de l’expansion de la connaissance logique et instrumentale se renforce en Europe, influençant les luttes pour les unifications nationales et l’impérialisme des puissances. Ainsi, le problème de l’existence a également été pensé comme un contrepoint aux soi-disant positivistes.

On peut dire que dans la chronologie de cet affrontement, Kierkegaard serait l’opposé d’Auguste Comte, de la même manière que Nietzsche, Jaspers et Sartre seraient loin de Hans Kelsen, Rudolph Carnap et Otto Neurath.

Le marxisme :

Un autre point de désaccord concerne la relation entre le marxisme et l’existentialisme. Pour les marxistes orthodoxes, l’existentialisme tend à être compris dans la clé du subjectivisme exacerbé. Par exemple, il y aurait un refus de penser la dialectique du travail qu’on trouve chez Karl Marx dans une opération conjointe avec la dialectique subjective chez Kierkegaard.

Cependant, Sartre a fait de cette relation le centre de tension de sa philosophie, et la philosophie existentialiste pourrait alors s’inscrire dans le marxisme par deux aspects : En mettant l’accent sur la détermination économique, sur le mode de production des relations de travail. Par le fait que les sujets expriment cette relation économique par la singularité. Il existe à la fois des conditions objectives et des relations subjectives. Et l’expérience historique est dans cette tension, dans laquelle l’expression de ces conditions générales se réalise dans le singulier concret.

Branches

La défense de la liberté, le changement de comportement social et le choc avec les anciennes générations reposaient également sur des discours sur le sens des règles morales, des codes de loi et l’étouffement de l’économie et de l’État dans la vie des gens.

L’école dite de Francfort : le diagnostic radical de la Dialectique des Lumières, publié à quatre mains par Theodor Adorno (1903-1969) et Max Horkheimer (1895-1973), a apporté la présence indirecte de l’existentialisme.

Adorno a introduit une partie de ses idées dans le débat marxiste lorsqu’il a écrit sa thèse sur la philosophie de Kierkegaard. Il y a incorporé une partie de ses critiques culturelles, qui étaient déjà présentes chez le philosophe danois. Horkheimer, à son tour, lecteur attentif de Schopenhauer, a intégré le diagnostic pessimiste sur la moralité humaine dans son analyse sociale et sur la crise fondamentale et économique du monde de l’après-guerre.

L’école du cinéma existentialiste :

Le cinéma a intégré de nombreux thèmes existentiels et est toujours présent aujourd’hui. La liste des administrateurs est longue et variée. Mais certaines matrices sont courantes dans le cinéma international : le Suédois Ingmar Bergman (1918-2007) et le Danois Carl Theodor Dreyer (1889-1968) en sont les représentants. La génération suivante a apporté de nombreux noms célèbres : le Français Jean Luc Godard (1930), les Italiens Rossellini (1906-1977) et Antonioni (1912-2007), le Russe Andrei Tarkovski (1932-1986) et même le Nord-Américain Woody Allen (1935). Au Brésil, on peut souligner le cinéma marginal d’Ozualdo Candeias (1922-2007), Walter Khouri (1929-2003) et l’exposant Glauber Rocha (1939-1981).

Il convient de noter que les philosophies existentielles, précisément parce qu’elles n’ont aucune affinité avec la systématisation rationnelle de la pensée, se retrouvent dans divers maillons : du nihilisme au marxisme, des courants libéraux au conservatisme politique et social. Par conséquent, il ne semble pas approprié de parler d’une école existentialiste en tant que telle.

Tradition philosophique

Cependant, la tradition philosophique la divise généralement en deux étapes :

1) L’existentialisme chrétien : initié par Kierkegaard : ici la réflexion sur l’être et le néant se mêle au théisme.

2) L’existentialisme athée : à partir de Sartre : il est considéré comme la perspective la plus radicale, telle qu’on la trouve à partir de Sartre. Écoles ultérieures : Contre-culture et engagement politique : À partir des années 1940, le débat français d’après-guerre compte un grand nombre de philosophes existentialistes ou apparentés. En tant que discours capable d’articuler l’engagement politique et social avec la crise de l’individu, une partie du mouvement de jeunesse des années 1960 s’est reflétée dans des philosophes comme Sartre et Simone de Bouvoir, Camus, Nietzsche et même Kierkegaard.

Principaux travaux

Peur et tremblement (1843)

Søren Kierkegaard L’œuvre est centrée sur la volonté divine. Kierkegaard analyse le moment où Abraham viole tous ses principes éthiques et accepte de sacrifier son fils Isaac après avoir reçu un ordre de Dieu.

Dans les différentes parties qui composent ce récit, Kierkegaard, sous le pseudonyme de Johannes de Silentio, parle de l’absurdité qui conduit à l’abîme de la foi. L’angoisse de la peur face au néant est le tremblement du désespoir humain, incapable de trouver par lui-même une voie éthique. Abraham fait le grand saut de la foi à travers la soumission religieuse aux commandements de Dieu, capable de ressentir l’intensité du devoir, dans lequel la conscience est pleine dans la validité éternelle de son être.

Le concept d’Angostia (1844)

Søren Kierkegaard Signé du pseudonyme Vigilius Haufniensis, le point central de cette œuvre est le rôle actif de l’individu et sa responsabilité face à la détresse et au désespoir humain. Kierkegaard essaie de penser la concupiscence d’Adam non pas comme quelque chose de progressif, où l’éthique serait perdue, mais par un saut, une rupture nette.

Le problème du mal doit être abordé dans cette perspective pour pouvoir parler de la responsabilité humaine face à la vie. Que ce soit avec Adam, ou en chacun de nous, il y a une angoisse qui vous rapproche des propres possibilités vers l’inconnu.

Ce qui est en jeu dans l’angoisse, c’est la force de l’intériorité : d’une part, l’innocence, la synthèse entre le fini et l’infini. De l’autre, le péché, le désespoir de tomber dans une mauvaise synthèse. L’homme naît en tant qu’être humain, mais il a besoin de devenir lui-même en tant que salut.

Être et temps (1927)

Martin Heidegger Jusqu’au 20e siècle, la philosophie était tombée dans « l’oubli de l’être ». Heidegger est revenu à la tradition aristotélicienne et scolastique pour reconstruire le concept d’être à partir d’une nouvelle enquête.

La stratégie de l’ouvrage consiste à abandonner l’ontologie de l’être en général pour penser l’éthique, qui concerne les êtres dans le monde. Le Dasein, dans sa pré-sentence et son existence antérieure, considéré comme l’être-là de l’homme, serait cette condition génétique, mais qui ne peut être postulée, mais plutôt reconstruite. Cette analyse est contenue en partie dans le Premier livre d’Être et Temps.

La deuxième partie, promise, n’a jamais été faite, ni publiée. Malgré cela, cette œuvre laisse un héritage important pour l’histoire de la philosophie, où Heidegger a apporté de nouvelles manières de repenser le concept d’être.

Dès l’après-guerre, avec cette œuvre, depuis les années 1930, Heidegger fait l’objet de débats en Europe et figure comme l’un des grands noms de la philosophie. Au-delà du bien et du mal (1886), Friedrich Nietzsche l’un des écrits les plus controversés du XIXe siècle.

On y trouve une critique cinglante des courants philosophiques et prévalant jusqu’alors, axée surtout sur les jugements moraux de l’homme. Divisé en neuf sections, Nietzsche aborde de nombreux sujets à travers des aphorismes. Il s’agit d’une conception de la liberté de l’homme visant une philosophie du futur, capable de doter l’homme des valeurs de la santé.

La « transvaluation de toutes les valeurs » serait le refus des valeurs de la religion, surtout la chrétienne, responsable d’avoir rendu la maison faible et miséricordieuse. Dans une analyse de la situation politique et sociale de l’Europe, Nietzsche réfute également l’idée d’une société collective de masses, à travers une critique du socialisme, qui serait une fausse tentative d’étendre la liberté de l’homme.

La situation spirituelle du temps (1931)

Jaspers Il s’agit d’une analyse de l’équilibre spirituel dans l’histoire. Jaspers analyse les principaux aspects de sa réalité contemporaine, dans laquelle la tâche du philosophe est de comprendre l’homme dans le temps.

La relation entre la foi et la philosophie vise les causes de la décadence culturelle généralisée dans les années 30. La psychanalyse et le marxisme sont deux objets de critique, mais aussi de soutien à sa conception de la « transcendance mystérieuse », qui serait un point lumineux pour le changement de l’humanité.

L’un des problèmes centraux de l’ouvrage est la manière dont Jaspers cherche à placer la vie chrétienne et l’Église « dans le monde de l’époque » comme lieu privilégié d’une nouvelle compréhension spirituelle de l’histoire.

La nausée (1938)

Jean-Paul Sartre. Un roman qui allie sa philosophie existentialiste à la narration littéraire. Antoine Roquetin, historien et voyageur fictif, consigne dans ses carnets de voyage ses déplacements et ses réflexions sur le sens de l’existence.

Après avoir voyagé dans toute l’Europe, il s’installe à Bouville, une petite ville portuaire française. C’est le dernier fait de sa vie, à partir duquel il écrit son journal. Seul avec ses propres idées, Roquetin donne libre cours à ses idées sur le sens de l’existence et sur la façon dont elle peut être vide et sans signification.

La critique féroce de Sartre a lieu au moment où la nausée s’empare du personnage à chaque fois qu’il est confronté à la réalité. La société française est vue dans sa futilité, accusée de bourgeoisie, otage du jeu des apparences et castratrice de la première liberté de l’individu.

L’existentialisme est un humanisme (1946)

Jean-Paul Sartre est un essai basé sur l’une de ses conférences. Il est considéré comme l’œuvre la plus emblématique des philosophies existentielles. Elle est dotée d’un caractère humaniste, en plaçant l’homme comme le grand législateur du monde et de lui-même.

Dans le contexte de la reconstruction européenne après la Seconde Guerre mondiale, Sartre donne un aperçu général de sa philosophie, dans un large critique de l’existentialisme chrétien, enfermé dans le quiétisme et le désespoir individualiste. Sartre a pensé à un existentialisme politique, ouvertement athée, plaçant l’homme comme seul responsable de la vie sociale.

Le néant de l’existence humaine révèle un vide qui doit recevoir un sens et une transformation de la réalité. L’angoisse devant le monde est le moteur de l’action et de la construction permanente de la subjectivité de l’individu.

Le mythe de Sisyphe (1941)

Albert Camus Un essai philosophique sur l’absurde. Dans le dernier chapitre, en particulier, Camus compare le dilemme de l’existence humaine à Sisyphe, un personnage de la mythologie grecque, fils du roi Aólo, considéré comme le plus capable de contribuer à changer la vie des hommes.

Sisyphe, condamné à rouler les pierres lors de l’ascension d’une montagne, échoue lorsqu’il est le plus près d’atteindre le sommet. Le parallèle avec ce mythe était la gestion de Camus pour présenter la critique existentialiste de la société du 20ème siècle. Les mœurs, coutumes et règles de droit ne semblent pas si éloignées de l’angoisse de Sisyphe, car chaque fois que les hommes tentent d’atteindre le repos et le succès, ils échouent dans leurs objectifs.

C’est comme s’ils étaient toujours des pierres qui roulent, sans jamais atteindre leurs objectifs. Aux côtés des essais philosophico-littéraires de Sartre, Camus a été largement lu et discuté dans cette période dorée de l’existentialisme français des années 1930 et 1940.

Existentialisme et sagesse des nations (1948) â Simone de Beauvoir Dans le sillage du débat français, réunit un ensemble de textes qui ont été publiés pour la première fois dans la revue Les Temps Modernes, fondée en 1945 par Simone de Beauvoir et Sartre.

L’originalité de l’œuvre se retrouve dans le manifeste féministe qu’elle contient. Dans les quatre chapitres qui divisent les textes, Simone de Bouvoir aborde de grands thèmes politiques, les problèmes esthétiques de la littérature et surtout les rapports entre la morale et la société. La critique du patriarcat et du rôle secondaire des femmes est le point de départ de la défense d’une conception radicale et transformatrice de la liberté.

Sources et inspirations

Bien que la philosophie existentialiste soit née au 19ème siècle, on trouve des subsides dans les œuvres de philosophes et écrivains prémodernes : Blaise Pascal (1623-1662) : dans la philosophie moderne, est le premier exposant s’opposer au rationalisme de son contemporain René Descartes.

Dans ses Pensées (1670), Pascal déclare qu' »une philosophie systématique qui prétendrait expliquer Dieu et l’humanité ne serait pas utile ». Comme le confirmeront plus tard les existentialistes, l’auteur analyse la vie humaine en termes de paradoxes : le moi humain, la foi du corps et de l’esprit est lui-même un paradoxe et une contradiction.

Une preuve de ce sentiment philosophique se trouve dans sa phrase immortelle : « le cœur a des raisons que la raison elle-même ne connaît pas ». Friedrich Heinrich Jacobi (1743-1819) : sa philosophie s’attache à combattre les héritiers de l’idéalisme kantien, notamment Fichte (1762-1814) et Schelling (1775-1854). Il y a une défense de l’individualisme dans sa perspective philosophique.

Contact avec les réalités

C’est par l’intuition que la conscience humaine peut établir un contact avec les réalités suprêmes, notamment avec la liberté, irrationnelle par excellence. Il y a une très forte présence de la critique de la raison, surtout lorsqu’elle s’appuie sur le « sentiment de l’être immédiat », favorisant une théorie intuitionniste et une défense du réalisme.

C’est l’immédiat qui donne un sens à la théorie de la connaissance, des mathématiques et de la logique, et de la représentation en général. Jacobi a cherché à sauver un sens authentique pour la théologie en s’opposant à la distinction kantienne classique entre chose-en-soi et phénomène. Kant aurait suspendu cette certitude de l’intuition et de Dieu à celle de la chose-en-soi, et la seule issue, pour Jacobi, serait une compréhension adéquate du rapport entre l’intellect et la raison, en retrouvant le sens de la foi. L' »asalto mortale », son expression la plus connue, désigne ce saut face à la fragilité de la raison : l’homme doit laisser ses yeux fermés et s’abandonner à ce qui soutient son existence, qu’il ne pourra jamais connaître par l’intelligence rationnelle.

Son caractère mystique l’a amené à dialoguer constamment avec des personnalités comme Goethe et Hamann, et sa philosophie a préfiguré le romantisme ultérieur.

Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854) :

Un des noms les plus influents de l’école idéaliste allemande. Ses recherches métaphysiques avaient beaucoup à voir avec le problème de la subjectivité.

Dans les Investigations sur l’essence de la liberté humaine (1809), on retrouve plusieurs des motifs et des thèmes de l’existentialisme : la notion de crise et de décision, l’angoisse du vertige de l’homme face à sa liberté entre le choix du bien et le choix du mal.

Dans sa Philosophie de la Révélation (publiée plus tard en 1858), il y a une distinction entre une philosophie positive et une philosophie négative, dans laquelle Schelling cherche à montrer comment le négatif de la raison ne peut jamais atteindre en tant que tel le positif de l’être. La forme finie de l’homme est le faisceau de possibilités qui révèle l’infini. Cependant, la conception schellingienne du monde reste assez idéaliste.

L’absolu est la notion centrale, dans laquelle l’être ne peut se concevoir que comme un super-historique qui donne origine et sens à l’histoire humaine. Le mal en l’homme, c’est son histoire, l’éloignement de la connaissance absolue dans ses différentes étapes, comme philosophie négative. La réconciliation est l’exercice de la liberté du moi pour participer à l’être de l’infinitude de cet absolu, se révélant comme une philosophie positive.

Arthur Schopenhauer (1788-1860) :

Il peut être considéré comme un penseur proche de la tradition existentielle, à l’exception du lien entre l’être et l’essence dans sa notion de volonté. Schopenhauer était également un critique acharné de la métaphysique rationnelle. L’individu est quelque chose qui se distingue dans sa pensée.

Le tragique, l’absurdité de la vie et l’absence de sens le rapprochent du sentiment aigu et accablant de la crise de l’existence. Dans son grand ouvrage, Le monde comme volonté et représentation (1819 – 2e édition de 1844), la volonté est considérée comme le grand néant au-delà du monde de la représentation, ouvrant les portes à l’athéisme et à l’inspiration du nihilisme de la seconde moitié du XIXe siècle.

Cependant, comme Schopenhauer est encore assez redevable à la critique kantienne, il admet encore la distinction entre chose-en-soi et phénomène, qui sont respectivement relocalisés comme volonté et comme représentation.

L’être de la volonté est également pensé comme son essence, un pas encore plus court que le tournant radical de l’existentialisme kierkegaardien. C’est dans cette dernière que l’on trouve le schisme entre la pensée et l’être, disloqué des essences métaphysiques. On trouve de nombreuses traces de la vision existentialiste dans la culture occidentale.

Littérature : Fyodor Dostoevsky (1821-1881) :

Dans ses livres, il exprime cette tension entre le salut et l’insignifiance du monde pour ses personnages, comme dans Crime et châtiment (1866) et Les Frères Karamazov (1879).

Franz Kafka (1883-1924) :

Un autre représentant important, dans lequel on retrouve le conflit entre la bureaucratie et l’individu dans les États modernes, comme dans La Métamorphose (1915).

Herman Hesse (1877-1962) :

Auteur très lu dans la seconde moitié du XXe siècle, avec Le loup de la steppe (1927).

Brésil :

La Grande Sertão : Veredas (1956) de João Guimarães Rosa, et Clarice Lispector, avec A hora da Estrela (1977) sont les auteurs les plus connus de cette tradition.

Le théâtre :

La présence du thème de l’absurde est devenue un motif scénique chez des auteurs tels qu’Eugène Ionescu (1909-1994), comme dans Le Rhinocéros (1860), et Samuel Beckett (1906-1989), dans En attendant Godot (1952).

Cinéma :

Deux réalisateurs nordiques ont présenté des classiques qui ont marqué l’histoire du cinéma : le Suédois Ingmar Bergman (1918-2007), avec Le Septième Sceau (1956), et le Danois Carl Theodor Dreyer (1889-1968), avec Le Mot (1955). Philosophie : D’autres théologiens importants ont également été influencés : la phénoménologie du philosophe allemand Edmund Husserl (1859-1938), et les théologiens Paul Tillich (1886-1965)  » allemand, l’Autrichien Martin Buber (1878-1965) et le Suisse Karl Barth (1886-1968).